Apologie de la pédophilie sous couvert de débat, bravo Claude Guillon

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Il est des infractions que la société semble condamner de façon unanime. Ces infractions entrent à première vue dans la catégorie du « non négociable », idéologiquement parlant. À titre individuel ou collectif, il sera donc aisé d’affirmer en toute sincérité que l’on est contre le meurtre, le viol, les violences conjugales, les violences sexuelles, le harcèlement (moral, sexuel) etc.

Pourtant, quand on y regarde d’un peu plus près, on constate que ces infractions idéologiquement « non négociables » et non excusables, bénéficient d’une certaine tolérance, voire d’une indulgence et d’une complaisance assez unanimement admises, si ce n’est dans l’enthousiasme, du moins dans l’indifférence générale. Quelques exemples : le viol, les violences conjugales, le harcèlement… A priori, il semble évident que notre société condamne très durement ces agissements, mais dans les faits, on constate que ce n’est pas si évident. Un des exemples les plus frappants de cette tolérance est la culture du viol, mais on peut également mentionner l’apologie de la pédophilie, plus fréquente qu’on ne le pense.

Il est par ailleurs assez difficile de dénoncer l’apologie de certains crimes et délits (à caractère sexuel en général) sans être aussitôt cataloguée de moraliste, de « coincée », et surtout, quand on nomme publiquement les apologistes, sans être accusée de diffamation, insultée et menacée (« Prévois bien (…) Ça va faire beaucoup dans ta gueule », me disait Claude Guillon ce matin même) : en effet, faire l’apologie d’un crime ou d’un délit ne pose apparemment pas de problème, mais la dénoncer porte atteinte à l’honneur et à l’intégrité de l’auteur.e de l’apologie. Certes.

Dans le cas de l’apologie de la pédophilie, les intellectuel.le.s qui estiment que l’on peut « en débattre » et les médias qui les ont relayés ne sont pas des cas rares, même s’il devient assez facile, les années passant, de prétendre qu’il s’agissait d’un autre temps, d’autre moeurs, comme si cela constituait une justification pertinente.

On distinguera donc en l’espèce les débats liés au droit de représenter ou non dans une œuvre artistique des actes pédophiles (doit-on censurer l’art ? Vaste question…), et l’apologie publique de la pédophilie, cumulée ou non à l’affirmation d’inclinations pédophiles et/ou d’actes pédophiles. Pour citer un exemple récent, nous pouvons mentionner le cas de Gabriel Matzneff, pédophile récompensé par le prix Renaudot Essai, et qui estime que la pédophilie est un style de vie.

Mais je voudrais évoquer aujourd’hui le cas de Claude Guillon, écrivain anarchiste – dont chacun.e sera libre d’apprécier sur son site web, et à leur juste valeur, les contenus très affirmatifs relatifs notamment à la contraception, l’avortement et la prostitution – qui nous propose aussi une analyse concernant la pédophilie. Le texte date de 1988, mais a été mis en ligne le 23 novembre 2014, ce qui actualise et réaffirme ses propos comme toujours conformes à ses convictions.

Quelques extraits (mais le texte complet est accessible en cliquant ici) :

« S’il s’agit de rapports sans violence physique particulière, mais plutôt d’attouchements par exemple, on entend dire couramment qu’il faut « foutre la paix aux enfants ». Plus que la représentation, évidemment fantasmatique, de l’enfance comme moment de pureté, me frappe ici l’image très négative, violente, voire criminelle de la dite « sexualité ». »

« En effet, on dira d’autres formes de contrainte (se lever tôt, aller à l’école cinq jours sur sept, obéir au maître, se taire, etc.), y compris de contrainte physique très violente exercée sur des nourrissons (supporter la faim, ne manger qu’à des heures fixées par d’autres, « se régler »), qu’elles doivent être imposées et intégrées le plus tôt possible. Il existe bien des violences, des souffrances, identifiées comme telles, et jugées formatrices[3]. »

« On avance souvent l’idée que l’enfant, n’ayant ni information ni représentation de la « sexualité », ne peut être que traumatisé par sa découverte. Paradoxalement, on déplore aussi, que, du fait même de son ignorance, l’enfant n’ait pu, sauf violence particulière, réaliser le caractère immoral (?), délictueux, traumatisant (?), des gestes échangés ou subis. »

« Le rapport « pédophilique » serait donc, pour l’enfant concerné, une initiation jugée prématurée (?), mal faite (?), brisant un tabou, un lien social (?). Mais dans cette hypothèse, quel peut être ce « lien », ce « secret » partagé (?) par les adultes, et dont les enfants doivent être écartés ? (Jusqu’à quel âge au fait ?) »

« Les campagnes de prévention cherchent à donner à l’enfant une image du « pédophile » ; elles donnent en creux une image de la « sexualité » comme gratification que les enfants peuvent légitimement refuser à l’adulte. »

« Dès lors, comment se fait-il qu’un garçon ou une fille de moins de quinze ans, auque[le] la loi ne reconnaît pas le droit de refuser quoi que ce soit d’autre de ce que les adultes entendent lui imposer, soit supposé[e] ne pouvoir accepter ou désirer le plaisir charnel ? »

« Pourquoi un[e] amant[e] capable de tendresse et d’attention envers un[e] partenaire de trente ans, ne saurait-il/elle pas en faire montre avec un[e] partenaire de dix ans ? »

« Il n’est pas étonnant qu’en matière de « comportements sexuels », le pire soit réservé aux enfants, puisque l’ensemble des agissements adultes leur assigne le dernier rang dans la hiérarchie sociale, du point de vue du droit à la dignité, et le premier quant à la production de honte[4]. Les parents ont honte de leurs enfants. »

Il est intéressant de constater que dans son texte, Claude Guillon fait abstraction des mécanismes de pouvoir à l’œuvre entre adultes et enfants, et des rapports de domination, d’autorité, de contrainte morale qui viennent invalider le prétendu « consentement » de l’enfant à des actes sexuels avec un.e adulte.

Il est également intéressant de questionner les éléments de langage visant à faire oublier de quoi on parle, de quels gestes précis, de quels actes : peu d’adultes ont en effet réellement envie de visualiser ou même de concevoir une représentation mentale claire de ce qu’est un acte pédophile, de ce qu’il implique matériellement : les chairs meurtries, écartées, blessées, les diverses pénétrations, la violence morale, la contrainte et la menace, la persuasion, le discours qui convaincra l’enfant de céder lorsque l’agression se veut « sans violence », les doigts, la bouche, le sexe en action…

À noter aussi le soin tout particulier apporté à l’analogie établie entre refus de la pédophilie et morale étriquée, et surtout entre refus des abus sexuels sur enfants et volonté de censure ou flicage : comme si le fait de se positionner contre le viol d’enfants faisait de nous autres, féministes anti-pédophilie, des flics en puissance brimant les pauvres hommes qui ouvrent la voie à l’ouverture d’esprit permettant d’admettre que violer des enfants, si ce n’est pas brutal, c’est potentiellement admissible.

Les intellectuels qui veulent « ouvrir le débat » prennent bien soin de déguiser cela en autre chose, intellectualisé, romancé, érotisé. Beaucoup parlent même d’amour, de « relation », décrivent de façon poétique et littéraire la beauté pure de leurs sensations (« Les petits garçons de onze ou douze ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare », écrit Gabriel Matzneff)  et avancent (comme le fait Claude Guillon en conclusion de son texte) l’argument des droits de l’enfant pour légitimer l’agression sexuelle.

Nombreux sont donc les intellectuels à souhaiter que l’on « débatte » de la pédophilie et qui, en attendant, en font tranquillement l’apologie, comme Claude Guillon.

Accompagnés par la complaisance de certains médias, d’éditeurs, des jurys de prix littéraires, et d’une société qui n’a pas très envie de voir de quoi on parle réellement, ils contribuent à l’amalgame trompeur entre création artistique, pensées littéraires, réflexions sociologiques et agressions sexuelles sur des mineur.e.s. Nul besoin pour eux de se sentir nostalgiques en repensant au temps où l’on pouvait faire publier des pétitions pro-pédophiles dans Libération ou, comme Léo Ferré, chanter et gémir son désir sexuel pour une enfant sans que personne n’y trouve rien à redire.

Les pro-pédophiles peuvent en effet publier en paix : ils bénéficient toujours d’une tranquille impunité.

En conclusion, je vous laisse savourer les paroles de cette édifiante chanson :

Edit du 3 avril 2015 :

– Suite à cet article, Claude Guillon a tenu à préciser son propos, et à dénoncer la pédophilie violente. Et compte tenu, selon lui, des violences systémiques infligées aux enfants (milieu scolaire, structure familiale…) et parfaitement admises, la pédophilie douce, elle, est envisageable. C’est pourquoi il ne souhaite pas être mis au même niveau que Gabriel Matzneff. Il ne faut pas être violent avec les enfants si on envisage d’avoir des relations sexuelles avec eux.

– Il m’a été reproché d’avoir « tronqué » des citations. Je rappelle donc ici la règle de l’exception de courte citation telle que définie par l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle, règle qui est une exception aux dispositions générales concernant le droit d’auteur, et qui répond à des conditions restrictives précises : la mention de la source doit être claire, l’utilisation des guillemets pour éviter toute confusion est recommandée, l’utilisation de la citation doit être justifiée par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elle est incorporée, et la citation doit être courte par rapport à la longueur totale du texte source. En l’espèce, je n’ai donc pas « tronqué » les citations, j’en ai même inséré trop.

– On croit souvent qu’un article publié sur un site web, s’il est diffusé sur un ou des réseaux sociaux, est circonscrit à ces réseaux sociaux, qui constitueraient alors des canaux de diffusion volontairement exclusifs. Et l’on croit également que s’il mentionne nommément des gens, il constitue une querelle de personnes, qu’il importe de régler en se positionnant par affinités. Et puis l’on croit aussi que tout cela, c’est juste « des gens qui s’énervent sur Twitter », qui n’est pas « le bon lieu pour un débat ». C’est un point de vue aussi naïf et restrictif que regrettable, qui permet hélas d’éviter de se questionner sur le fond même du débat, de saisir que l’illusion d’une écriture en vase clos sur internet est trompeuse, et que la remise en ligne d’un vieil article peut être dangereuse. Croire qu’il y aurait un lieu adéquat pour un débat et qu’un de ces lieux, situés sur le web, ne serait pas le bon, c’est nier le fait que des gens lisent, et ce même en dehors des réseaux sociaux, ce que le web leur propose. Croire que cela n’implique pas de conséquences concrètes (par exemple sur des personnes à tendance pédophiles qui pourraient trouver formidable qu’un homme écrive et démontre, par des contorsions intellectuelles parfaitement maîtrisées, que si la relation sexuelle avec un.e enfant est douce, elle est acceptable), ou prétendre que tout ceci n’est que réflexions stériles, est pour le moins inquiétant. D’autant que l’argument de la « douceur » est précisément l’argument omniprésent sur les forums pédos. Le lieu du débat, il est partout, y compris et surtout là où sont publiés des contenus posant problème, y compris là où les gens lisent ces contenus.

– Les Éditions Libertalia ont souhaité prendre part à ce « débat », se sont spontanément exprimées, et ont publiquement soutenu les propos pro-pédophiles de Claude Guillon sur un réseau social, au nom de la maison d’édition.

– Les « supporters » des Éditions Libertalia, apparemment très émus, m’ont cependant paru moins extrémistes que les anti-IVG, puisque cette fois je n’ai pas été menacée de mort, mais uniquement de viol (souvent collectif, ça semble être plus ludique, si j’en juge par les descriptions assez précises de la façon dont on allait me tenir bien immobile), et de raclée (destinée à ce que je fasse moins la maligne et que je réfléchisse avant de « m’attaquer à Libertalia »).

– La diffusion de cet article, comme la grande majorité de ce que j’écris, a bien sûr principalement eu lieu en dehors des réseaux sociaux, le web 2.0 ne constituant pas l’internet à lui seul (et c’est heureux).

– Enfin, merci à celles et ceux qui ont surmonté leur souffrance à la lecture de ces contenus abordant l’apologie de la pédophilie, pour m’écrire et témoigner de l’extrême violence qu’ils et elles ont subis étant enfants lorsqu’un.e adulte, même tendre, les a sexuellement agressé.e.s et/ou violé.e.s.